1993

1994

GUSTAVE N'EST PAS MODERNE mise en scène Philippe Adrien

de Armando Llamas


Les protagonistes de Gustave n'est pas moderne ont pour noms Bouvard et Pécuchet. La référence à Flaubert et à son épopée de la bêtise humaine est explicite. Comme dans le roman, ces patronymes semblent avoir déteint sur les personnages qui ne sont pas sans rappeler leurs modèles. / C'est probablement là le mot clé du rapport à l'oeuvre de Llamas à Flaubert: on a beau être bête, (selon Flaubert), ou aveuglé, (selon Llamas), on sent bien qu'on en crève.

Nous sommes en 1994, 50 ans ont passé depuis l'holocauste, la première bombe atomique puis quelques temps plus tard l'explosion et le formidable effet de table rase des premières pièces de Beckett. Peu à peu, les histoires, la fiction ont repris leurs droits. Avec Armando Llamas nous retrouvons Bouvard et Pécuchet comme au sortir d'un abri anti-nucléaire, d'un souterrain, par lequel ils auraient transité jusqu'à nos jours. Débats politiques, problèmes de société, expériences scientifiques, recettes de cuisine, cassettes-vidéo porno stimulent leur énergie vitale. Ils ont retrouvé de bons motifs de poursuivre l'aventure. Et c'est reparti comme au XIXè siècle, ils quittent la capitale pour s'installer à la campagne. Mais sans le moindre projet: pas même de fromages de chèvre, ou de plants de cannabis...

/ La stratégie d'Armando Llamas consiste à nous présenter un tableau sinon idyllique du moins assez humoristique et guilleret, sans pour autant manquer de désigner les malaises et embarras divers de la civilisation qui font les sujets d'élection de nos quotidiens et hebdomadaires favoris... Mais "ça n'arrive qu'aux autres" n'est-ce pas? et nous disposons de toutes les drogues adéquates pour endormir les consciences. Ainsi en va-t-il jusqu'au retour de l'ami Gustave et avec lui du désir, de la jouissance et de l'amour... mais alors, la précarité, le ratage, la mort nous assaillent. Sans recours.

Un théâtre qui renoue mine de rien avec l'objectif brechtien d'un réveil.

Philippe Adrien


CRÉATION 1994


Coproduction Théâtre National de la Colline, ARRT
• création au Théâtre de la Colline du 21 avril au dimanche 12 juin 1994
53 représentations et 7.686 spectateurs

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