1992

1993

GRAND-PEUR ET MISÈRE DU III° REICH mise en scène Philippe Adrien
de Bertolt Brecht


En composant Grand-peur et misère du IIIe Reich Brecht, alors exilé, voulait sans doute stigmatiser l'horreur, dénoncer les méfaits des nazis et montrer comment la peste brune infestait la vie quotidienne. Mais ce n'est pas tout. Le pouvoir du texte tient d'abord à la virulence de la satire sociale que je rapporterais volontiers à ces vers d'un song de l'Opéra de quat'sous:

"De quoi vit l'homme. De sans cesse
Torturer, dépouiller, déchirer, égorger, dévorer l'homme!"

Ainsi serions-nous voués à un cannibalisme sans recours, sauf à prendre acte de ce que Brecht ajoute pour conclure:

"L'homme ne vit que d'oublier sans cesse
Qu'en fin de compte il est un homme."

Antoine Vitez disait aimer Brecht "parce qu'il n'est pas ce qu'il a l'air d'être, parce qu'il n'est pas ce qu'il croyait être". C'est aussi mon sentiment.
On peut cependant voir dans cet écart entre Brecht tel qu'il se voulait être et le poète qui nous touche au coeur, une stratégie d'écriture en quoi consisterait proprement son écriture dramatique. Le projet brechtien d'un théâtre scientifique conçu comme laboratoire des conduites humaines semble mener immanquablement son opérateur à la représentation d'un ordre humain exclusivement gouverné par les raisons de l'intérêt, ainsi qu'à un pessimisme implacable qui n'épargne ni Galilée ni Mère Courage... Mais soudain au détour d'une scène, surgit un visage, affleure un être et se révèle le souci de l'autre. Nous sommes bouleversés. Brecht est là qui se souvient d'être un homme.

Dans le désastre du monde et de nos utopies n'est-ce pas précisément cette valeur toute simple qu'il nous faut à la fois garder et transmettre.

Philippe Adrien

CRÉATION 1992


Production ARRT

• création au Théâtre de la Tempête en 1992
• tournée en 1994
68 représentations et 12.759 spectateurs

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