1990

1991

LES BACCHANTES mise en scène Philippe Adrien

Euripide
Texte français de Jean-Daniel Magnin, en collaboration avec Bertrand Chauvet


On s'étonnera du style, ce qui n'est pas si mal; il serait néanmoins souhaitable qu'on ne s'y trompe pas: ce nouveau texte français des Bacchantes étable par Jean-Daniel Magnin avec le concours de l'helléniste Bertrand Chauvet n'est pas une adaptation, mais bien une traduction, et spécialement soignée. D'où vient alors qu'il apparaisse si éloigné d'autres travaux qui font autorité? Tout simplement de ce que critères et exigences sont ici différents. Ce n'est pourtant pas la scène, le projet du spectacle, qui les ont dictés, mais bien un parti pris de réflexion sur le texte grec. /

J'ai demandé à J.D.-Magnin un nouveau texte français des Bacchantes, sachant que nous étions d'accord sur un point majeur: le théâtre ne consiste pas dans le texte écrit, mais dans l'effet de parole de sa profération. / L'oeuvre d'Euripide nous apparaît maintenant dans sa profondeur: inattendue, étrange, parfois drôlatique et pour finir cruelle et angoissante. Une tragédie pour le moins paradoxale, à comparer davantage à La Tempête de Shakespeare qu'à Esther de Racine. Son dénouement nous ébranle et nous laisse sans voix. C'est le moment où le Dieu apparaît pour conclure, mais précisément, le monologue final de Dionysos a été perdu au Moyen-Âge, comme si la parole de ce dieu qui autorise la jouissance ici-bas s'était trouvée alors irrecevable. Il y avait un trou. A cette place, J.D.-Magnin a imaginé et fait résonner jusqu'à nous la voix de Dionysos, la plus douce, la plus terrible.

/ Les commentateurs du XIXème siècle voyaient dans les Bacchantes une preuve de l'athéisme d'Euripide, alors qu'on tend à s'accorder aujourd'hui sur la caractère authentiquement religieux de la pièce, oeuvre quasiment testamentaire du poète. Pour notre part, nous y verrions plutôt, parfaitement mis à jour, les positions respectives du croyant et de l'incroyant, leur antagonisme irréductible, avec pour conséquence une lutte à mort où se dresse le spectre effrayant du fanatisme. Un point de vue moderne (qui demeurerait) passablement réducteur s'il ne prenait en compte dans sa complexité la figure du dieu, Dionysos, Dieu Autre, démon qui métaphorise les pulsions refoulées, et d'autre part le sacrifice / . Pour autant, n'oublions pas la remarque de B. Chauvet... Un jour qu'il nous avait fait rêver sur les rites et procédures bachiques, il ajouta avec humour: "Ces Grecs étaient tout de même extraordinairement incroyants..."

Philippe Adrien

DU 28 MARS AU 27 AVRIL 1991

Coproduction ARRT,  TGP Saint-Denis, L'Hippodrome, C.A.C. de Douai, CDN de Toulouse, avec la participation du JTN
• création à l'Hippodrome de Douai, au CDN de Toulouse et et Théâtre Gérard Philippe en 1991
30 représentations et 8.495 spectateurs

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