1988

1989

CAMI, DRAMES DE LA VIE COURANTE mise en scène Philippe Adrien
d'après les textes de Cami


Dans Comment j'ai écrit certains de mes livres, Raymond Roussel explique, entre autres méthodes, celle consistant à commencer un récit par une phrase à double sens pour le terminer par la même phrase dont chaque mot prend, en fin de parcours, un sens différent qu'au début.

De ce glissement sémantique naît une matière romanesque nouvelle, à la fois délirante et logique, dont la bizarrerie émerveillait les surréalistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe de nombreuses simiitudes entre Cami et l'illustre auteur des Impressions d'Afrique.

La plupart des courtes pièces de Cami sont en effet bâties pour illustrer de façon dialectique un calembour final pris au pied de la lettre.

Ce sont des oeuvres où les mots ont force de loi. Au lieu d'être des matériaux au service de la pensée, ils sont devenus les réalités d'un autre monde, celui tout puissant de l'Écriture.

Comme Roussel, Cami est un grand inventeur de machines célibataires, mues par l'énergie du verbe. Tous deux sont nourris de littérature populaire: romans d'aventures, policiers, récits exotiques, mélodrames. Tous deux ont la même passion du théâtre, dont, au premier chef, celle du cirque.

La comparaison s'arrête là.

Car ces deux auteurs occupent des places fort dissemblables au tableau d'honneur de la Littérature française.

L'indignité qui pèse sur Cami provient d'un péché majeur: sa force comique.

Cami est drôle, donc il n'est pas sérieux. N'étant pas sérieux, on ne lui accorde aucune importance.

Si André Breton l'avait inclus dans son Anthologie de l'Humour noir, sa gloire posthume eut sans doute été différente.

Faut-il le regretter?
Cette exclusion du peloton des bons élèves a conservé à Cami toute sa fraîcheur. Son pouvoir ravageur est intact.

En le redécouvrant, aujourd'hui, nous avons le sentiment de récupérer un bien dont on voulait nous léser. Nous comprenons enfi sa valeur poétique, son originalité, son anti-conformisme, sa drôlerie.

Le modernisme de Cami éclate joyeusement à travers ses personnages stéréotypés, issus de la commedia dell'arte toute personnelle, ses situations paroxystiques invraissemblables, ses moralités légendaires et bouffonnes.

Il nous libère des conventions et nous venge du théâtre et du cinéma psychologique ou réaliste, des pièces et des films sur les problèmes de société, des insipides feuilletons télévisés.

Cami devrait être déclaré d'utilité publique.

Il mérite de figurer aux côtés de Mélies et du Douanier Rousseau, de Karl Valentin et de Chaplin, d'Apollinaire, de Jarry, de Prévert, de Chaval, Allais, Bobby Lapointe et de quelques autres, parmi les audacieux créateurs d'une authentique Avant-Garde pas chiante.

2 mai 1988
Roland Topor

13 SEPTEMBRE // 16 OCTOBRE 1988


Production ARRT

• création au Théâtre de la Tempête (version franco-danoise), aux Pays-Bas et à Berlin (version danoise), au Théâtre de la Tempête (version française) en 1988
• tournée au Festival de Saarbruck et en France en 1989
• reprise au Théâtre National de Strasbourg en 1990
110 représentations et 29.144 spectateurs

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